Coup de projecteur
La Nouvelle Afrique du Sud post-apartheid
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Comment l’Afrique du Sud est passée, en une décennie, d’un régime d’apartheid, autoritaire, raciste et au ban des nations à une démocratie multiraciale et respectée ? La question mérite de s’arrêter plus longuement sur tout le processus de transition qu’a connu le pays. Et plus précisément sur les années charnières, de 1988 à 1991, qui ont accouché de la transition de l’apartheid à la démocratie, du pouvoir des Blancs à celui des Noirs. C’est aussi l’occasion de se replonger sur la mise en place juridique et institutionnelle de ce régime depuis 1910. L’analyse s’articule autour d’un point de vue légal et juridique, en répertoriant les textes, les discours et les lois qui ont fait le changement, et en montrant le role et la position de la communauté internationale à l’époque. L’auteur retrace également le chemin de la Namibie vers l’indépendance (elle était un protectorat sud-africain), l’isolement de l’Afrique du Sud sur la scène internationale, le volontarisme politique des presidents Botha et De Klerk, grands fossoyeurs de l’apartheid. Il ne manque pas non plus, en tant que diplomate ivoirien (ancien ambassadeur au Nigeria), de traiter spécifiquement de la position de la Côte d’Ivoire vis-à-vis de l’Afrique du Sud.MarcAiko Ziké profite ainsi de ce livre pour présenter le travail diplomatique de son pays, ce qui trouble la coherence de l’ouvrage. Car en ce qui concerne l’Afrique du Sud postapartheid, comme écrit dans le titre, il n’y a rien à se mettre sous la dent. Le texte ne va pas audelà de l’année 1991. Intéressant quant aux grandes étapes construisant l’apartheid et le défaisant, le livre ressemble globalement à un catalogue, dont la finition laisse à désirer.
éditions l’Harmattan
études africaines, 115 pages, 12 €
Puissances émergentes et multilatéralisme
Le cas de l’Afrique du Sud (1999-2008)
Analyse des stratégies d’une puissance émergente

Depuis 1999, l’Afrique du Sud est membre du G20. Puissance régionale, puissance moyenne, actrice du multilatéralisme, la Nation arc-en-ciel fait partie des pays émergents. Mais qu’est-ce au juste qu’une puissance ? Comment définir le multilatéralisme ? Ces termes sont parfois utilisés à tort et à travers, et rarement explicités. L’ouvrage est issu d’un mémoire de recherche en relations internationales où l’auteur s’efforce de conceptualiser la politique étrangère de l’Afrique du Sud. Jouant collectif pour mieux développer son influence, l’Afrique du Sud se veut un leader des pays du Sud tout autant qu’un partenaire et un interlocuteur des pays du Nord. Ces ambitions sont parfois contradictoires. On l’associe souvent au BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). Mais ne se dirige-t-on pas vers la création d’une nouvelle caste ?
Les puissances moyennes du Sud formeraient, selon les mots de l’auteur, une oligarchie au sein du groupe de pays qu’elles sont censées représenter et défendre. Une nouvelle ligne de fracture Nord/Sud y serait créée, maintenant la majeure partie des pays du Sud en marge. Le G20 est un exemple de ce processus. L’ouvrage est un véritable travail de défrichage scientifique qui tente de décrypter les nouveaux mécanismes des relations internationals multipolaires. La lecture n’est pas aisée, l’écriture ne s’extirpant pas d’un langage technique. Probablement publié tel quel, le mémoire aurait mérité un rhabillage stylistique.Vivement une version plus accessible !
éditions L’Harmattan
études africaines, 176 pages, 17 €
L’Afrique du Sud à l’heure de Jacob Zuma La fin de la nation arc-en-ciel ? Sous la direction de Cécile Perrot, Michel Prum et Thierry Vircoulon

Analyser la société sud-africaine sous le prisme racial : c’est l’objectif de cet ouvrage collectif. À l’origine de ce travail, un séminaire organisé par l’École normale supérieure dans le cadre du Groupe de recherche sur l’eugénisme et le racisme (GRER). Sept chapitres, chacun écrit par un auteur différent, avec comme dénominateur commun l’omniprésence du « paradigme racial » dans l’Afrique du Sud contemporaine. Malgré le démantèlement pacifique de l’apartheid copiloté par Frederik De Klerk et Nelson Mandela, et la Commission vérité et reconciliation présidée par Desmond Tutu, l’Afrique du Sud ne parvient pas à rompre avec son héritage raciste. La nation multiraciale, arc-en-ciel, voulue par NelsonMandela reproduit sous une forme actualisée, teintée
d’inégalités économiques et sociales criantes, une société raciste en noir et blanc. Ce livre collectif passe au crible le sport, constatant la communautarisation effective dans ce domaine. Rugby pour les Blancs, football pour les Noirs, cricket pour les Indiens et les métis. Le bilan de la politique de discrimination positive apparaît comme plus que mitigé (éducation, emploi et même quotas dans le rugby). Le manque de résultat est un facteur d’instabilité dans ce pays où beaucoup de citoyens sont exclus du « miracle économique ». Les exemples de gestion interraciale – c’est le cas de Durban – montrent également leurs limites.
Cet ouvrage, malgré la variété des supports d’études, réussit à maintenir une grande coherence dans son contenu, grâce à une ligne directrice commune. De par un style simple et une conclusion pour chacun des chapitres, il arbore un aspect didactique qui le rend accessible.
éditions L’Harmattan
Racisme et eugénisme,
200 pages, 19 €
Après le miracle Chroniques d’Afrique du Sud De près ou de loin
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Que cela donne-t-il lorsqu’un journaliste de télévision prend la plume ? C’est plutôt réussi. Malgré un premier chapitre laissant présager le pire dans lequel les phrases de plus de cinq mots semblent bannies, Patrick Fandio impose peu à peu son style. Direct, franc, il affirme sa subjectivité. Dans ses chroniques, il raconte l’Afrique du Sud telle qu’il l’a vue, lui qui y est installé depuis plus d’un an.
Vingt chapitres pour autant d’expériences. Des anecdotes de vie qui malheureusement n’ont rien d’anecdotiques. L’auteur nous plonge dans la violence crapuleuse, la violence sexuelle, le sida, l’apartheid économique, la corruption. Quelques chiffres donnent la mesure des plaies de l’Afrique du Sud d’aujourd’hui : 18 148 meurtres en 2009, 40%de la population vivant avecmoins d’un euro cinquante par jour... À l’heure de son « triomphe », consacré par l’organisation de la Coupe du monde de football, le pays dont Patrick Fandio nous dresse le portrait est raciste, inégalitaire et violent. Le « miracle sud-africain » a fait beaucoup d’exclus et l’heure est au désenchantement. L’auteur a rencontré les acteurs de cette nouvelle société : parmi eux, les Afrikaners vivant en autarcie dans leur ghetto de Blancs, les nouveaux riches noirs décomplexés, les expatriés barricadés, les policiers corrompus, les victimes de viols, les jeunes assassins en rééducation et les habitants des townships. Opium du peuple, le football ne peut pallier aux manquements de l’État et de la société sud-africaine.
Un récit captivant, non exempt d’humour, sur un pays à la dérive. Morceaux choisis avec toutefois d’un certain sensationnalisme dans la sélection des anecdotes vécues.
éditions du Moment
173 pages, 16,50 €
MATTHIEU CHAUMET
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